La légende de la Femme Bison Blanc

Extrait du livre de

Brooke Medecine Eagle « Marcher sur le chemin sacré

de la Femme Bison Blanc »

"Il y a bien longtemps, notre peuple Lakota – à présent connu comme les Sioux, qui s’était établi sur des terres forestières où il vivait de cultures - partit dans les Grandes Prairies pour y chasser le bison. Deux jeunes chasseurs d’un petit campement s’étaient avancés en éclaireurs à travers les collines couvertes d’herbes longues et douces qui ondulaient sous la brise. Ils marchaient avec une extrême vigilance, à la recherche de gibier bien sûr, mais aussi pour déceler la présence d’éventuels ennemis. Leur regard aguerri balayait l’horizon. Soudain, ils distinguèrent dans le lointain quelque chose qui bougeait. Ils s’arrêtèrent pour regarder plus attentivement, en se rendant compte qu’une étrange aura semblait entourer ce qui était là et qu’ils ne distinguaient pas encore.

La silhouette mystérieuse se dirigeait vers eux et, alors qu’elle approchait, les deux chasseurs purent voir qu’il s’agissait d’un deux-jambes (un être humain), entouré d’une magnifique lumière brillante. Fascinés, ils l’observaient s’avancer, et bientôt ils s’aperçurent qu’il s’agissait d’une femme avec une longue chevelure flottante, qui portait une sorte de baluchon sur son dos.

Dans cette histoire archétypale, il y avait deux hommes de types différents. Le premier l’a regardé avec convoitise. Il a vu que c’était non seulement une femme, mais une belle femme. Et non seulement belle, mais seule et sans défense. Il s’est dirigé vers elle dans l’intention d’abuser d’elle. Alors cette femme mystérieuse et rayonnante a écarté les bras en ouvrant son châle et l’a attiré vers elle. L’autre jeune homme, qui ne faisait qu’observer, a vu un brouillard tourbillonner et tomber sur eux. Au bout d’un moment, quand les vents de la prairie ont balayé le brouillard, il a vu la femme ouvrir les bras : il en est tombé le crâne et les os de son compagnon. Le squelette blanchi a échoué dans la saleté, certains disent même que des serpents y rampaient. Les os se sont décomposés en poussière et ils ont été dispersés par le vent. Ainsi le désir égoïste de cet homme a-t-il été brisé et s’est-il volatilisé.

L’autre jeune homme, le genre de personne que mon peuple appelle un véritable guerrier, observait avec une crainte mêlée de respect cette belle femme mystérieuse et ses pouvoirs. Comme chez tous les véritables guerriers, son intention n’était pas de faire du mal ni de prendre pour lui, mais de servir Toutes Nos Relations et l’ensemble du Cercle de vie. En voyant son pouvoir et sa beauté, il souhaita partager sa rencontre avec son peuple. Aussi s’adressa-t-il à elle en lui disant : « Ô femme de pouvoir et de mystère, viendras-tu enseigner mon peuple ? »

« Oui, répondit-elle à l’homme bon. Pars devant moi pour préparer une loge (tipi), et je viendrai. »

C’est ce qu’il fit : il rassembla tous ceux de son campdans une énorme loge faite de peaux de nombreux tipis. Alors elle vint au milieu d’eux, tirant de son baluchon la pipe de catlinite (variété d’argile rouge) avec son long tuyau de bois, une pipe à la finalité élevée puisqu’elle est destinée à être utilisée dans les rites sacrés pour amener l’union avec toutes choses dans le Cercle de vie, nous souvenir que nous sommes un avec toutes choses, avec Toutes Nos Relations.

En tendant le tuyau de la pipe vers les cieux, elle dit : « Avec cette pipe sacrée, vous marcherez sur la Terre ; car la Terre est votre Grand-Mère et Mère, et Elle est sacrée. Chacun des pas que vous faites sur Elle devrait être une prière. Le foyer de cette pipe est en pierre rouge ; c’est la Terre. Il y a, sculpté au bord du foyer en pierre et regardant le centre, le bison qui représente tous les êtres à quatre pattes qui vivent sur notre Mère. Le tuyau de la pipe est en bois, et il symbolise tout ce qui croît à la surface de la Terre. Et ces douze plumes, qui pendent là où le tuyau s’encastre dans le bol de la pipe, viennent de Wanbli Galeshka, l’Aigle Tâcheté : elles représentent l’aigle et toutes les créatures ailées qui volent. Tous ces peuples, toutes les choses de l’univers se joignent à vous quand vous fumez la pipe. Lorsque vous priez avec cette pipe, vous priez pour et avec toutes choses.»

Cette version de l’histoire provient du récit de black Elk selon le livre de Joseph Epes Brown.

La Femme Bison Blanc leur a alors rappelé, et elle nous le rappelle aujourd’hui, la toile complexe de la vie dont nous faisons partie, et qu’honorer la sainteté, la complétude, de cette toile est la seule façon pour nous de traverser la période cruciale que nous vivons pour entrer dans une ère nouvelle d’harmonie, de beauté et d’abondance. Ses paroles disaient que chaque chose et chaque jour sont saints, et que nous devons donc les traiter ainsi. La loi d’unité du Créateur, qui nous a été donnée lorsque le monde fut formé, est que nous devons être en bonne relation avec toutes les choses et tous les êtres, avec Toutes Nos Relations.

La phrase « Toutes Nos Relations » permet de représenter le plein Cercle de Vie, le Cercle Sacré dont nous faisons partie.  Ce cercle sacré n’inclut pas seulement nos proches à deux jambes de toutes couleurs et confessions, mais aussi tous les êtres à quatre pattes, ceux avec des ailes et des nageoires, le peuple vert qui est debout (les arbres et les plantes), le peuple des minéraux et des pierres, ceux qui vivent sous Terre et ceux qui rampent sur elle, ceux qui vivent dans les royaumes stellaires, et les ancêtres qui sont partis au-delà, ainsi que les enfants des générations à venir. Toute chose, qu’elle soit connue ou inconnue, est comprise dans la formulation de cette phrase de complétude et de sainteté. Le corollaire à cette loi du Créateur, amené par cette mystérieuse sainte femme, est que quoi que nous fassions à un autre être ou à autre chose sur la grande toile de la vie, c’est à nous-mêmes que nous le faisons, car nous sommes un.

Lorsqu’elle laissa son peuple et traversa la prairie, l’une de ses dernières actions que l’on vit dans le lointain fut de se rouler dans une bauge, creusée dans le sol par les vautrements des bisons. Lorsque la poussière retomba et qu’elle se remit à courir à travers la prairie, on vit qu’elle était devenue un petit bison blanc. C’est pourquoi les Lakotas ont appelé cette mystérieuse sainte femme « La Femme Bison Blanc à la Pipe ». Elle a continué à communiquer avec eux à travers les visions qu’elle leur a envoyées, des visions qui les ont guidés en leur faisant don de nouveaux et puissants rituels pour vivre dans l’harmonie. Elle est pour nous la Sœur Aînée, apparue il y a très longtemps, qui nous appelle à vivre une vie profondément écologique sur Mère Terre, pour nous-mêmes et pour les générations d’enfants qui nous suivent. Il est évident qu’elle continue à nous envoyer des visions à l’époque moderne. La situation critique des problèmes que nous, deux jambes, avons amenés sur Terre incite la Femme Bison Blanc à parler maintenant de toute urgence aux peuples de toutes couleurs et religions, pour qu’ils s’éveillent à la vérité et à l’harmonie qui sont en nous.

Comme beaucoup d’autres, j’ai entendu à l’intérieur de moi et dans mes visions le rythme de son chant, ressenti sa véracité et sa beauté. J’ai répondu à cet appel à travers mon apprentissage et ma transformation continuelle, ainsi que dans le partage de mes compréhension avec d’autres qui, à leur tour, m’ont appelée. Mon histoire, et votre histoire si vous en décidez ainsi, est une partie minuscule du déploiement de l’histoire de la Femme Bison Blanc à la Pipe, une petite mais importante partie de notre approche de l’unité avec Toutes Nos Relations.

Le chant qui suit m’est venu comme un élément de cet apprentissage et partage :

La Femme Bison Blanc appelle. Vas-tu lui répondre ?

La Femme Bison Blanc appelle. Vas-tu lui répondre ?

Elle appelle la lumière ; elle appelle la paix.

Elle appelle l’Esprit ; elle t’appelle.

La Femme Bison Blanc appelle. Vas-tu lui répondre ?

 

La Femme Bison Blanc appelle. Vas-tu lui répondre ?

La Femme Bison Blanc appelle. Vas-tu lui répondre ?

Elle appelle la lumière ; elle appelle la paix.

Elle appelle l’Esprit ; elle t’appelle.

 

La Femme Bison Blanc appelle. Oh oui, je lui réponds !

Oh oui, nous lui répondons !"

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